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Témoignage de Didier POTHET

 
Les 24h de Royan

Ah les 24h, j'en rêvais depuis longtemps, toujours dans le plus, et encore plus, 

Après les marathons, les Sainté, Lyon et les 100 km en course à pied, il me fallait aller au-delà dans la longue distance, mais pas forcément pour faire des chronos.
En 2014 j'étais prêt pour disputer mon 1er triathlon Ironman mais une chute de vélo, déjà, a mis fin à mes prétentions et c'est avec le poignet plâtré que j'assistais à celui de Vichy.

Tout ceci était donc partie remise. 2016, année pendant laquelle je découvre la longue durée.
D'abord aux 6h du « 2 ». Le 2ème escadron au camp militaire de la Valbonne, sur un circuit de 2 km mi bitume, mi terrain très gras où il était parfois difficile de garder l'équilibre. Le tout sous une pluie continue.
Je réalisais un peu moins de 59 km et montais pour la 1ère fois sur la boîte, le podium, 2ème, le pied. C'est sûr que ce n'était pas une course avec des centaines de partants, mais n'empêche, même si la première place était inaccessible, je me suis battu avec les poursuivants.
D'autres courses étaient organisées à La Valbonne, 12 et … 24h, tiens ça doit être "sympa" à faire ça.

Quelques semaines plus tard je recommence un 6h. Les 6h de la Sarra. Circuit de 2 km toujours où il faut descendre cette ancienne piste de ski de Lyon et remonter par les 563 marches de la montée Nicolas de Lange, ce qui nous ramène en haut de la colline de Fourvière.
Un peu moins de km réalisés bien sûr qu'à la Valbonne. Les 90 mètres de dénivelé et la forte chaleur auront eu raison de moi. Diarrhée due une nouvelle fois à trop de boisson, mais il faisait si chaud.
Arrivée de nuit, magique. Pas de podium cette fois-ci, et un peu moins de 40 km, mais un très beau souvenir. Magnifique.

Alors pourquoi ne pas monter, non pas sur la distance, mais sur la durée supérieure ? Pas 12, mais 24h. Pas dans la demi-mesure donc. Et pourquoi ne pas en faire profiter le club de Mionnay ?
Des 24h il y en a d’autres dans la région : Saint-Fons, Roche la Molière, l’ultra trail de la Sarra (qui a ajouté un 12h et un 24h solo à son épreuve) et la Doua. À la Doua plusieurs épreuves de 24h, soit en course à pied, en vélo (Franck un collègue s’y est essayé brillement) ou en triathlon, en solo ou en relais. On a testé le 24h triathlon en relais avec Thierry et un autre Franck, triathlètes de la team EFS Rhône-Alpes triathlon, sympa à faire. J’en retiens que la boucle de 1,2 km de course à pieds est rébarbative, mais qu’il y a moyen de faire podium dans cette catégorie au vu des résultats.
Pour être complet il faut rajouter les deux 24h de VTT réalisés en relais à Méjannes (30).
Alors mon 24h solo où le faire ? Notre coach de course à pied, Jacques, ancien militaire, est partant pour les 24h de la Valbonne et ses différentes courses où chacun pourrait participer à son niveau.
En effet, outre les 6, 12 et 24 h à réaliser en solo, les mêmes épreuves peuvent se réaliser en relais.
Allez banco La Valbonne sera "la" course 2017 pour le club et donc pour moi.

Malheureusement les événements liés à la sécurité nationale font que l'épreuve de la Valbonne est annulée. De plus une rencontre malencontreuse en vélo avec un représentant de la race canine fera que je n'aurai pas la tête, ni le corps, à ça pendant plusieurs mois.
Donc hôpital de rééducation où je tue certains week-ends à faire des tours de parc (boucle de 1 km) en marchant, ils me permettent de m'aérer et de me reconstruire physiquement.

Un week-end je marche 42 km, un marathon, mais en 4 fois. N'empêche, je poste ça sur Facebook, et Bruno un pote du triathlon me dit "à quand les 100 km ?" 100 km peut-être pas, mais ...
Retour à la vie active, pendant plusieurs mois j'essaie de retrouver mes marques, au travail, à la maison, ce n'est pas facile, pas trop la tête à la compétition.

Et puis un jour je me demande si ça existe toujours les 100 km de Royan ? Les 100 km non, mais les 24h oui. Et de plus il y a de la marche ! Il est en effet trop tôt physiquement pour moi pour envisager de le faire en course à pied, je n’ai pas encore la coordination et l’amplitude des membres.

Je prends des renseignements sur le circuit (une « boucle » circonscrite à l’intérieur du stade) savoir s’il faut une frontale (pas nécessaire car éclairé) et si tout type de marche est possible (oui, mais sans bâtons). Je regarde un peu les préinscrits sur le 24h marche, une douzaine de V2 H+F, un V3, un V4.

Ça peut être jouable pour un podium ça en plus. Mais j’apprendrai que l’habit ne fait pas le moine, en l’occurrence ici l’âge ne fait pas le podium !

Allez c’est parti me voici inscrit pour un 24h, les 24h de marche de Royan ! Ce sera les 6 et 7 octobre 2018. En fait il convient de parler des 12-24-48h de course et marche, il y en a pour tout le monde, mais c’est limité à 120 coureurs maximum. Royan, théâtre de mon premier 100 km, mon premier triathlon longue distance L et près d’où vivent mes parents. Un marathon est même organisé à Royan, ville décidément très sportive, je le ferai sûrement un jour.

Ces 24h mon entourage me dit que c'est trop tôt encore par rapport à mon accident, mais bon quand j'ai une idée dans la tête ! J'ai même eu la pensée à un moment de les faire tout seul à Mionnay, mais trop dangereux ça car aucun encadrement, et il en faut. Je suppose qu'un 24h se prépare. Pour la marche je ne sais pas trop ce qu’il faut faire et au final ma préparation se déroulera en 12 séances créées selon mon intuition, principalement dans le marais des Échets, où en plaisantant avec Vincent, je dis que je connais chaque pierre et chaque brin d’herbe de la boucle de 4,5 km.

Plusieurs séances donc. Plusieurs de 4h, une de 6h11 pour boucler 42,5 km. Une pour passer du jour à la nuit et voir comment ça se gère. Des descentes ou retour du boulot en marchant, 3h à chaque fois. Et un aller/retour Mionnay Lyon, et près de 50 bornes un week-end, où j'ai pu tester la pluie, non prévue au départ, mais qui au final me sera très utile à Royan. Ces séances je voulais les tester sur plusieurs vitesses, pas trop vite et une lente au cas où. Finalement elles ont toutes été réalisées à environ 6,9 km/h, vitesse où j’étais bien, la lente au-delà de 6 km/h. C’est un peu vite il me semble.

Me voilà enfin prêt. J'ai bichonné pendant des semaines mes pieds car ça sera pour moi l'élément délicat à prendre en compte. Des ampoules comme aux 100 km de Millau et c'est du temps et de l'énergie perdus, sans parler de la douleur. Pas mal de sécheresse plantaire et fissures à soigner.
Royan, j'y arrive l'avant-veille histoire de bien récupérer du trajet car pour moi pas question de dormir pendant les 24h. En effet dans les trois 24h faits en relais, j’ai fait un gros somme et me suis réveillé vaseux. Cathy Dubois qui fera la diagonale des fous à la Réunion a appris à faire des micro siestes de moins de 5 minutes, à travailler donc pour … un 48h ??

Le vendredi je vais retirer mon dossard, numéro 64 l’année de ma naissance, et regarde tourner sur la piste du stade d'honneur les athlètes qui ont déjà commencé leur 48h.

J’hume l’atmosphère, m’imprègne des lieux, du circuit, de la tente ravito/chronométrage, de l’accès au gymnase où seront servis les repas, et où les 48h ont leur transat pour un petit ou gros sommeil, des toilettes, etc. Je papote avec un 24h course et j’en viens à lui dire tout ce que ce 24h représente pour moi. Il l’a bien compris, et demain me fera une belle surprise en m’encouragent sur le circuit !

Pour moi départ le lendemain donc à 10 heures, c'est bien, ce n’est pas trop tôt. J'aurai le temps de bien dormir et de bien petit déjeuner, je demande à ma môman qu'elle me fasse du riz au lait pour bien tenir au corps. Mine de rien elle fait partie de mon staff à sa manière.
Mon père quant à lui sera mon chauffeur et mon photographe. Il me soutiendra aussi à plusieurs reprises, à mon départ, dans l'après-midi, le soir et au petit matin ainsi qu'à l'arrivée et pour me conduire au podium, mais n'anticipons pas !

J’arrive donc le matin suffisamment tôt pour voir, en plus des 48h, les 12h partis à 8h30.
L’organisateur est du lot, il finira deuxième.

J’installe mon petit matériel, en fait 2 petites caisses avec les affaires de rechange, chaussures y compris, du ravito perso, bananes séchées, des pansements etc. Tout un tas de choses dont les trois quarts ne seront pas utilisés. Chaque concurrent a sa petite table et sa chaise. Les 120 inscrits se répartissent le long du Tivoli de 60 mètres de long. On trouve à l’entrée de celui-ci le chronométrage permettant en un clin d’oeil de connaitre son classement, les kilomètres parcourus et le temps et/ou le nombre de tours séparant du coureur juste devant soi. Un commentateur les annonçant pendant une bonne partie de la course.

Sympa d’entendre son nom à plusieurs reprises.

Vient ensuite le ravitaillement général où chaque participant a son verre perso. On y trouve tout ce qu’il faut, rien ne manque, du salé, sucré, chaud et froid. Le tout bien réapprovisionné tout le long de l’épreuve.

Le tableau de marque où le classement des différentes courses est remis à jour toutes les heures.
Un accès au gymnase adjacent, qui donne donc accès à d’autres commodités, repas kinés et douches.

Les tables de ravito perso terminent le tunnel et la sortie donne accès au circuit.
Celui-ci est tracé sur les trois quarts de la piste en cendrée du stade, avec 2 virages en épingle qui tracent au final 3 couloirs où les coureurs se croisent, le tout sur 1113 mètres par boucle.
Ce petit circuit pourrait être « chiant » mais au final non, car on croise, on double sans arrêt des coureurs ou marcheurs. Il permet surtout de savoir où sont les adversaires directs.
Bientôt 10 heures et le départ de la course. Personnellement j’aimerais faire 144 km, soit du 6 km/h.
Mais je sais par ma petite expérience des 100 bornes que les arrêts peuvent vite faire tomber la moyenne. Par exemple 5 minutes d’arrêt toutes les heures représente 2h sur un 24h, c’est énorme
 
Ma stratégie, partir vite en tête et gérer ensuite. J’ai fait un petit pense-bête des allures et distances sur 24h que j’ai plastifié. En fait je ne m’en servirai jamais, pas le temps de le lire et de toute façon une seule stratégie : à fond !

Dernier briefing et nous voici donc partis à 10h pile marcheurs et coureurs, beau peloton au milieu des 12 et 48h qui sont sur leur course.

Tout de suite 2 marcheurs se dégagent ils sont devant moi je ne peux pas les accrocher et ils discutent ! Ma stratégie du coup prend du plomb dans l’aile. Mais l’un des deux accélère comme une mobylette et je peux remonter sur le second.

Nous allons nous suivre plusieurs heures se doublant, redoublant au gré des ravitos, des virages. On tente chacun de mettre une petite mine mais sans distancer celui, dont on voit parfois l’ombre qui s’accroche. Résultat au lieu d’être prudent je passe le marathon en 6h00 plus vite qu’à l’entrainement ! Plus de 7 km/h, c’est vite, trop vite. Je décide de lever le pied, je perds trop de cartouches à ce petit jeu. Le premier nous a pris déjà plusieurs tours, il faut maintenant miser sur la deuxième ou troisième place pour être sur le podium.

C’est sans compter sur les petits ennuis qui commencent.
Déjà le vent qui balaie le sable de la piste, il s’insinue dans les chaussures, je comprends maintenant pourquoi certains coureurs avaient des guêtres sur les leurs ! Ma foulée très rasante n’arrange pas l’affaire. Petite parenthèse, j’appréhendais de tomber, ça ne m’arrivera pas pendant les 24h, c’est déjà ça.

Je m’arrête donc pour vider le sable de mes chaussures. Quelques tours plus tard je changerai de chaussures et me mettrai un pansement sur une ampoule naissante. Mes craintes pour les pieds étaient justifiées. J’avais mis un pansement préventif sur un orteil, mais ce n’était pas le bon.
Je repars donc mieux chaussé, chaussures plus larges. Le vent fort annonçait la pluie qui ne nous quittera plus pendant une quinzaine d’heures. Il faut mettre le vêtement de pluie, mais il faut d’abord finir son tour avant de rejoindre la tente. Il faut plus de 10 minutes pour le boucler. Je mets ma veste de pluie, et comme tous je ne la quitterai plus jusqu’au finish. Avantage, plus de poussière !

La première pluie se transforme vite en grêle pendant quelques minutes, pas mécontent d’avoir mis une casquette. Une casquette le premier au classement en a une également, facile à repérer. Sa foulée est impressionnante, des petits pas très rapides. Presque à chaque tour le speaker s’étonne de sa vitesse, une vraie mobylette vous dis-je. Le speaker commente aussi le palmarès de certains coureurs ou coureuses. Beaucoup ont déjà fait de l’ULD, ultra longue distance. Les vêtements arborant des 100 km, des 24h, 48h, des 6 jours (!) sont légion. Si j’ai bien entendu il y en aurait un qui aurait fait la traversée des U.S.A. en courant près de 100 km par jour ! Beaucoup ont fait les 100 bornes de Millau la semaine passée, en échauffement quoi !

Les tours défilent, je m’alimente régulièrement, ne boit pas trop et la nuit commence à tomber. C’est le moment pour moi de mettre la musique, de m’isoler et d’essayer de ne pas me faire trop distancer par les 2 premiers. Mais au fait ? Je regarde devant, mais les poursuivants sont où ? Je ne m’en suis jamais inquiété, pourvu qu’il n’y en ait pas d’autres qui m’aient doublé ! Toutes les heures le classement provisoire est affiché. À mi-course je suis toujours troisième et le quatrième, en fait une quatrième est à 9 tours, ça fait une bonne heure et demie d’avance, cool. Mais il la faudra !

En effet au bout de 12 heures donc je prends de la gîte, une vraie tour de Pise. Je penche du côté droit, impossible de me redresser. Cela ralentit mon allure au point même d’avoir du mal à avancer.
Arrêt aux stands pas le choix.

Je vais voir les kinés qui font le nécessaire, massage du psoas iliaque (les muscles qui relient le bas de la colonne à la hanche) et étirements. Me voilà remis à neuf et prêt à repartir. Je me relève d’un coup de la table de massage et titube en repartant, je suis très habitué à ces hypotensions orthostatiques et ne m’en soucie guère, mais le kiné ne l’entend pas de la même oreille et me stoppe. Il m’impose du repos et me demande si j’ai mangé ? J’ai grignoté pendant ces 12 premières heures, sauté le repas de midi. Du coup je vais à la restauration. Au menu taboulé, pâtes que je prends nature sans sauce ni viande et semoule en dessert ! Avec tout ça je serai paré pour la suite !

Au total une grosse demi-heure d’arrêt, ça fait au moins 3 tours. Les suivants s’ils n’ont pas de problèmes, doivent se rapprocher. Je constate en repartant que l’ordre a changé derrière. Le quatrième, dossard 73, se rapproche à 5 ou 6 tours.

Je marche 2 grosses heures, essaie d’uriner, mais ce n’est pas facile, je m’arrête 3 fois avant d’y arriver, ça me coûte un temps précieux mais il y a des priorités, la santé avant la course. Au final je ne ferai pipi que 3 fois en 24h, dont une avant le départ. Ne pas oublier aussi de prendre mes médocs.

Minuit et à nouveau je recommence à pencher, je m’arrête, pas de kiné pour la nuit (c’est le seul défaut que je trouverai au final à l’organisation). Un des organisateurs me dit qu’ils reviendront à 8h30 ! Ce n’est pas possible !! 8 heures à attendre ! Il me propose des étirements, il n’est pas kiné mais ses étirements sont efficaces. Je veux repartir mais il m’impose de rester allongé 20 minutes et de dormir un peu et il contrôlera ! Dormir il n’en est pas question, et ces 20 minutes c’est 2 tours. Au bout de 10 minutes je me lève et repars sous l’oeil désapprobateur de mon « kiné ».
1h du mat, rebelote, je repenche, à nouveau des étirements et je repars.

2h du mat, la même chose mais mon « kiné » ne veut plus me faire d’étirements et me demande de me reposer. Du coup je m’installe sur une table de massage et m’auto-étire, ça a l’air efficace. Je change également de montre GPS, en effet j’ai le message batterie faible depuis un bon moment, elle a tenue 14h et je sais que la deuxième tient facilement plus de 10 heures. Ça devrait faire l’affaire, il ne manquerait plus que je n’ai pas l’enregistrement de cette épreuve. Au niveau circuits ça doit faire un beau gribouillage, mais c’est la distance totale qui m’intéresse et accessoirement l’allure au kilomètre et la vitesse moyenne.

Je renouvellerai ces étirements pratiquement toutes les heures, perdant à chaque fois un temps précieux. Il est 7h du matin, de la table de massage je vois le petit déjeuner qui se prépare. Je ne vais pas le sauter, mais il n’est pas tout à fait prêt. Allez, en attendant je vais aller faire un tour, c’est le cas de le dire, ça fera toujours 1113 mètres de plus comptabilisés, et ils seront si importants !

Étonnement je ne sais pas combien j’ai fait de kilomètres et ne m’en soucierai qu’une fois la course terminée. L’important c’est le classement, l’objectif avoué de faire un podium ne me quitte plus.
Je m’arrête donc pour le petit déjeuner. Je suis à la table des organisateurs, petite discussion je leur ai dit avoir fait les 100 bornes ici il y a 5 ans. En fait c’était la dernière fois qu’ils l’organisaient. Il n’y a plus trop de public pour cette distance, il n’y a guère que Millau et une poignée d’autres qui échappent à la mode du trail et de l’ultra-trail.

Je comprends aussi qu’organiser une course dans un stade est plus facile, tout est réuni dans un même lieu réduit, pas besoin d’une foule de signaleurs, de demandes administratives etc.
Mais je discute et m’attarde, il est temps de repartir. Je vois un organisateur aux tables de massage,
je lui demande à quelle heure arrive les kinés. Il est l’un des kinés ! Je lui explique mes petits malheurs de la nuit et il me masse en fonction. Avec ça je devrais tenir jusqu’à 10h. Je repars rassuré.

Au moment où je sors du gymnase je vois le dossard 73 me passer devant. Je l’accroche et reste dans sa foulée, je ne veux pas le doubler car j’ai envie de savoir à quelle distance il est de moi. Je colle donc à ses basques, toujours sous la pluie et le vent qui vous fouettent le visage. Fin du tour, arrivée au chronométrage, il y est devant moi, donc son classement s’affiche avant le mien et je peux le lire.

Il indique qu’il est à 2 tours et 10 minutes de moi, ça fait 3 tours en fait. Est-ce que cet écart sera suffisant jusqu’à l’arrivée ? Il l’a bien compris aussi et marche plus vite. On se croise très souvent sur ce circuit en « S » allongé, pas un regard, mais je prends des repères quand je le croise et me rends compte qu’il grignote un peu, mais ce ne sont que quelques mètres à chaque fois et il en faut des mètres pour faire un kilomètre ou un tour ! Et toujours ces psoas qui ne tiennent pas (c’est du à la fatigue en fait comme je l’apprendrai plus tard d’un médecin) et qui m’obligent à des étirements.

Dernière heure de course. Le commentateur qui était parti se coucher est de retour. Il annonce à chaque tour les distances de chacun, en marche ou course. Pour les 48h j’entends souvent des 250 km et plus, impressionnant ! Au final le 1er fera plus de 300 km ainsi que le second, qui est une seconde en fait, une habituée des podiums. Pas de records battus cette année à cause des mauvaises conditions climatiques.

Je ne sais toujours pas ma distance parcourue, le podium seul m’obnubile même si je sais que les quatre premiers de chaque course sont récompensés.
Mon père est revenu, ça fait plaisir de le voir, c’est un bon soutien. Plus qu’une vingtaine de minutes,

le speaker annonce la suite des opérations. Une pierre nous sera remise, un coup de sifflet marquera la dernière minute et au deuxième coup de sifflet on s’arrête et on pose la pierre sur son dossard. Le chronométreur mesurera avec un odomètre les mètres parcourus dans le dernier tour.
15 minutes avant la fin de la course, je sors de la tente pour un nouveau tour et je vois qu’ils commencent à remettre les pierres ainsi que la médaille de finisher juste après moi. Je serai donc dans les derniers à les recevoir après mon nouveau tour. Cette boucle que j’entame est très pénible j’ai recommencé à pencher depuis un moment. Plus question de s’arrêter pour s’étirer, car mon suivant, si j’ai bien compté, doit être dans le même tour que moi, juste derrière.
La pluie a cessé. Je sors une dernière fois de la tente. Haie d’honneur de tous les organisateurs. On me remet mamédaille et ma pierre. Une photo me montre en train de sacrément pencher et essayant de me redresser désespérément.

Au moment où je sors le dossard 73 me passe devant, putain non ce n’est pas vrai, il me chipe la place sur le podium à 3 minutes de l’arrivée ! Je marche,titube, m’arrête, m’appuie aux rambardes, repars. Gagner chaque mètre est une souffrance. Le deuxième au classement me dit d’arrêter, que ce n’est pas la peine d’insister. Il doit croire que c’est à sa place que j’en veux. Je finis laborieusement un tiers de circuit quand j’entends le sifflet. Une minute après la fin de course est sifflée pour tous, 24 et 48h. Je m’arrête et pose mon dossard, j’espère que je le récupèrerai pour ma petite collection, ainsi que ma ceinture porte-dossard de triathlon.

Je me suis arrêté en fait près de la tente, mon père m’y attend et je suis obligé de m’appuyer à lui pour marcher. Je lui explique mon désappointement, mais pour lui je suis troisième, je n’étais pas dans le même tour que le suivant, j’avais un tour d’avance à la sortie de la tente. La remise des prix a lieu à midi on verra bien. On a le temps de rentrer à la maison pour une douche réparatrice et pour se changer. Mon père a récupéré toutes mes affaires et les porte à la voiture qu’il a rapprochée, c’est Byzance !

Retour à la casa. On rassure maman, qui s’est bien inquiétée comme d’hab. Une petite douche vivifiante. Je remets la tenue du club EFS triathlon sous lequel je suis inscrit et on repart pour la remise des trophées.

Dans le gymnase je recroise les kinés et organisateurs qui me sermonnent un peu car ils savent maintenant pour mon petit accident, il aurait mieux valu que j’en parle à l’organisation avant. Bon les podiums s’enchaînent et c’est au tour des 24h marche, on appelle le quatrième, ce n’est pas moi. Puis le troisième et je monte enfin sur la boîte, heureux. Vous vous rappelez que l’habit ne fait pas le moine et bien le vainqueur, la mobylette, est un V4 de 74 ans ! Il réalise 159 km. Apparemment c’est un marcheur bien connu dans le Var.

Et avec sa marque il aurait fini cinquième des 24h course. Il devance le deuxième, un V3 (!) de 23 km, soit 20 tours !

Je fais quant à moi 125,797 km soit près de 3 marathons. Pour les gens de Mionnay ça représente 42 tours des biquettes ou 28 tours du marais.

La vitesse ? 5,24 km/h, correct mais loin de l’objectif prévu (trop optimiste ?) Sur mes 24h il y a près de 2h30 d’arrêt, c’est trop. Pour la prochaine fois il faudra que je travaille la ceinture abdominale, le gainage. Comment ? J’ai dit la prochaine fois ? Vous êtes sûrs ?

Le quatrième finit à un peu moins d’un kilomètre de moi, ouf j’ai eu chaud aux fesses. Le petit tour avant le petit déjeuner a été très utile !
Les récompenses s’enchainent et certains, sur le 48h, ne peuvent même pas monter sur le podium !
Que retenir de tout ça ? Que j’ai fait cette épreuve pour me prouver que mon accident et mon handicap pouvaient être surmontés d’une façon ou d’une autre. Je l’ai faite en marchant, j’aurais préféré en courant mais c’est difficile pour l’instant car je ne retrouve pas encore le rythme. La première course que je ferai sera les 21,1 km de Jogg’îles mi-novembre à 9,4 km/h. La distance je la tiens toujours mais pas la vitesse donc. Côté pieds il faut que je trouve une solution. Je découvrirai les jours suivants plusieurs autres ampoules, dont une très grosse, prêtes à éclater.
Côté fatigue ? À part les épisodes psoas, je n’ai pas ressenti de fatigue particulière. Une petite sieste après plus de 30 heures éveillé a été la bienvenue. Pas de courbatures et j’ai repris la route le lendemain pour Lyon.

Enfin, qu’il faut aussi savoir choisir ses courses en fonction de ses objectifs et de son potentiel à être bien classé.

Pour finir, un petit film sympa qui résume tout, de l’organisation à la course. On a même droit à un tour de piste commenté. C’est ici : https://youtu.be/gncOnept5SM ouvrez l’oeil on m’aperçoit à 18’05 puis à 18’18. Je suis derrière le deuxième au classement et on voit également le premier qui impressionne le commentateur.

Maintenant retour aux affaires courantes. Natation, course à pied et vélo. Le tout agrémenté de séances en salle de gym. Ça sent sa préparation pour un petit triathlon tout ça. Un objectif ? L’avenir le dira. Wait and see.

Ah au fait je suis marathonien, triathlète, cent-bornard, mais on dit comment pour les 24h ??

Didier
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